





Au temps du Bouddha, il n’existait pas d’archives. Les enseignements étaient transmis oralement. 454 ans après l’entrée du Bouddha dans le nirvana (vers le Ier siècle avant Jésus Christ), ses disciples ont entrepris d’écrire ses enseignements sur des feuilles de palmier.
Lá bối signifie feuilles de palmier.
Le maître zen Thich Nhat Hanh, appelé Thay par ses disciples, choisit avec soin Lá Bối comme nom pour sa maison d’édition. Ce mot était tellement chargé de sens pour lui qu’il nomma Phương Bối (feuilles de palmier parfumées) le premier centre de pratique qu’il fonda en 1957, dans la forêt Dai Lao, près du village de montagne de B’su Danglu, sur les hauts plateaux du centre du Vietnam.
En 1962, Thay reçut une bourse d’études pour l’université de Princeton, aux États-Unis, et l’année suivante, une autre bourse pour l’université de Columbia, où il enseigna également. C’est à cette occasion qu’il quitta le Vietnam pour la première fois. Ces deux années d’études, d’enseignement et de pratique dans un environnement paisible marquèrent un tournant dans sa vie. À l’écart de la guerre, des bombardements et de l’état d’urgence permanent, Thay put vraiment approfondir sa pratique de la méditation, en particulier de la marche et de l’assise méditatives, qui donnait naissance à tant de visions profondes.
Après son retour des Etats-Unis en 1964, Thay fonda trois institutions majeures au Vietnam :
1. L’Université Vạn Hạnh, première université bouddhiste du pays
2. La maison d’édition Lá Bối
3. L’École de la Jeunesse pour le Service Social (EJSS) .
Ces trois institutions furent créées en l’espace de deux ans, avec de maigres ressources financières. En 1966, Thay partit de nouveau aux États-Unis pour appeler à la paix. Le gouvernement vietnamien ne l’autorisa plus à rentrer, le forçant ainsi à l’exil pendant trente-neuf ans à partir de 1966.
La maison d’édition Lá Bối débuta grâce à un acte de générosité inattendu : en 1964, l’épouse du Dr Hieu fit don à Thay d’une somme d’argent importante, qui s’élevait à 20,000 dôngs vietnamiens. Thay réunit ses disciples les plus proches et leur demanda ce qu’ils souhaitaient faire de cet argent.
Cette somme aurait pu servir à acheter des livres. Mais Thay proposa de l’employer pour un projet qui pouvait produire davantage de fruits – et se révéler plus amusant : créer une maison d’édition. L’un des premiers livres publié fut Le Bouddhisme d’Aujourd’hui (Đạo Phật Ngày Nay).
Lá Bối fut fermée à la fin de la guerre du Vietnam, en 1975. C’était alors l’une des maisons d’édition les plus importantes du Vietnam.
Après la fermeture de Lá Bối au Vietnam, Thay poursuivit seul l’activité de cette maison d’édition à Paris, où il édita des livres pendant une dizaine d’années. C’est au cours de cette période qu’il rédigea ses principaux ouvrages. Pour alléger sa charge de travail, ses étudiants transférèrent ensuite Lá Bối aux États-Unis en 1987 et prirent en charge la publication des livres jusqu’en 2009.
La création de la maison d’édition Lá Bối fut source de profondes transformations. Thay la créa en pleine guerre du Vietnam et poursuivit les activités d’édition pendant son exil en France. Cela lui permis de publier ses écrits et de partager ses idées, alors que ses livres étaient bannis au Vietnam, dans son propre pays.
Avant la fondation de Lá Bối, Thay avait publié 12 livres chez divers éditeurs. Entre 1964 et 2009, il publia chez Lá Bối 79 livres. Sur les 131 livres qu’il écrivit en vietnamien, 46 de ces ouvrages n’ont encore jamais été traduits. Ce sont ses œuvres les plus complexes, axées sur l'histoire, l'étude de la conscience (psychologie bouddhiste) et les enseignements des soutras.
Tout au long de sa vie, Thay a encouragé ses disciples monastiques à écrire, rappelant que l’écrit est un moyen puissant de partager la pratique dans le monde. À travers leurs lettres, il reconnaissait toujours le talent littéraire chez ses disciples pour les inciter, les soutenir à développer ce talent et à mettre au service du Dharma.
Aujourd’hui encore, à l’ère des podcasts, des réseaux sociaux et des innombrables plateformes numériques, c’est au travers des livres de Thay que la plupart des gens découvrent sa sagesse. C’est ce que révèlent divers sondages.
Lors d’une visite dans ma famille, en Californie du Nord, au cours de l’hiver 2024-2025, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs étudiants de longue date de Thay, qui l’avaient aidé à diriger sa maison d'édition. Ils avaient consacré tout leur temps et toute leur énergie, jour et nuit, à aider notre maître à diffuser la pratique de la pleine conscience en Occident, à une époque où elle était encore très peu connue. À leur contact, une idée m’est venue à l’esprit : et si nous donnions une nouvelle vie à Lá Bối à travers un site internet ?
Lorsque j’ai fait part de cette idée à ces amis et à d’autres, elle a suscité beaucoup d’enthousiasme et tous m’ont vivement encouragée dans cette direction. J’ai gardé ce projet dans mon cœur et, environ six mois plus tard, j’ai rencontré un développeur web qui s’est porté volontaire pour créer le site, ainsi qu’un ingénieur informatique qui l’a rejoint. L’ancienne équipe de Lá Bối a pris en charge l’administration du site. Ce projet a donc reçu une aide décisive de la part d’un donateur et de bénévoles. C’est comme si l’histoire se répétait.
Chaque mois, Lá Bối publiera un livre de Thay par ordre chronologique de parution, en commençant par son tout premier ouvrage, publié en 1950. Le mois suivant, nous organiserons un café littéraire, au cours duquel nous présenterons le contexte historique de la rédaction du livre et où chacun pourra partager sa compréhension et sa pratique. Nous aurons également l’occasion d’apprendre comment la maison d’édition a survécu à Paris, après la fin de la guerre du Vietnam, en 1975, et comment Thay a continué à publier ses livres lui-même. Nous pourrons entendre les membres de l’ancienne équipe de Lá Bối raconter comment, au fil des ans, ils ont œuvré à la diffusion de la pratique de la pleine conscience en Occident.
Les livres de Lá Bối sont tous écrits en vietnamien, mais vous pourrez en découvrir les traductions en quatre langues — anglais, français, espagnol et chinois — grâce à la technologie de traduction et à l’incroyable travail de nos bénévoles, qui retranscrivent les textes et relisent chaque version. Et qui sait ? Cette ébauche collective donnera peut-être envie à certain·e·s d’entre vous d’affiner ces premières traductions pour leur offrir une future publication !
Sur le site internet de Lá Bối, vous aurez accès aux livres que Thay a écrits dans la première partie de sa vie et qui n'ont pas encore été traduits ou qui ont été perdus pendant la guerre. Vous trouverez également des extraits vidéo, des photographies et des morceaux de musique apportant un éclairage sur ces livres. Vous aurez également accès à un forum où chacun et chacune pourra poser des questions à des moines et des moniales du Village des Pruniers, échanger et partager ses réflexions sur les écrits du maître Zen.
Nous aurons la joie d’explorer et d’étudier ensemble l’évolution de la pratique et des visions profondes de notre maître au cours de sa vie, dans un esprit de curiosité et d’ouverture.
Enfin, c’est à travers notre propre pratique que nous pouvons le mieux faire vivre cette maison d’édition historique, en intégrant le bouddhisme engagé dans notre vie, aujourd'hui et à l’avenir.